Rencontre Avec Madame Marie Boyadjian

Rencontre Avec Madame Marie Boyadjian – Membre de L'AAAS

Notre rencontre avec Marie Boyadjian n'était pas facile à obtenir. Bien qu'elle soit l'une de nos membres les plus actives et fidèles, elle est trop modeste pour accorder une interview. Nous l'avons reçue à l'AAAS autour d'un café lorsqu'elle est passée pour déposer son chèque de cotisation.

Mes parents, comme presque tous les autres Arméniens de France, sont venus de l'Arménie occidentale après le génocide de 1915. Je pense qu'à cette époque, les temps n'étaient pas faciles du tout, mais les Arméniens, ayant une nature résiliente et résistante, ont pu réussir à trouver leur place. Il est quand même remarquable de constater que dès que l'on arrive à être stabilisé, on cherche à aider les autres.

Ma relation avec l'AAAS est une histoire de famille, ou plutôt une histoire d'une tradition familiale. Mon père, Garabed, très engagé pour aider les Arméniens, se déplaçait en personne à l'AAAS pour payer sa cotisation, comme moi aujourd'hui. Ce n'était pas juste un geste de charité, c'était un acte de solidarité et d'entraide. Il cherchait par tous les moyens de soutenir toute action qui pourrait, en quelque sorte, contribuer à la conservation du patrimoine et de l'identité arménienne.

La riche bibliothèque de la littérature arménienne que nous avons à la maison n'est pas uniquement liée à la passion de lecture de mon père, mais également c'était un moyen pour lui de soutenir indirectement les écrivains arméniens ou français qui écrivaient sur l'Arménie ou sur l'Arménité. Hélas, mes parents ne sont plus là, mais ils m'ont transmis des valeurs, surtout la solidarité et l'humanité.

Marie Boyadjian - Membre de l'AAAS

La connexion humaine

Ce qui nous manque aujourd'hui, c'est cette très vieille "technologie de connexion" humaine.

Tout le monde est pressé et pris par le temps et les contraintes. Les "valeurs" matérielles prennent la place de tout ce qui est authentique et humain. Toutefois, les vraies gens existent et existeront toujours, et très souvent, ce ne sont pas les membres de votre famille, mais les personnes auxquelles vous ne vous attendez pas du tout qui pourraient vous aider. C'est pourquoi il faut aider non seulement la famille, mais aussi les autres.

Je vais vous dire une phrase qui est un constat de ma vie. On peut être utile, mais le plus important est de devenir quelqu'un de proche, non pas seulement par la parole ou le lien familial, mais de ressentir une véritable proximité avec quelqu'un. C'est ce qui importe le plus.

Quand on veut aider, notre aide doit être naturelle, spontanée et non calculée. Ce ne doit pas être fait pour bénéficier d'une réduction fiscale, mais bien pour soutenir une autre personne qui a besoin de votre aide. Il est vrai que le monde d'aujourd'hui, avec cette course à tout prix pour se concurrencer et réussir, laisse peu de place pour l'humanité, mais je continue à croire et j'ai autour de moi quelques personnes et des organisations qui continuent à mener de bonnes actions, l'AAAS en fait partie.

L'Arménie et moi

Je suis allée en Arménie en 1969 et en 1999, avec trente ans de différence. Je souhaiterais y aller et peut-être qu'un jour je réaliserai ce projet. La différence que j'ai sentie 30 ans après, c'est une liberté que le peuple arménien a trouvée.

J'ai vu et j'ai suivi l'évolution des événements en Arménie, et je peux vous dire qu'après la guerre de 2020, j'étais meurtrie et la « blessure» n'est toujours pas cicatrisée mais ce que je regrette vivement aujourd'hui, ce sont les clivages divers qui nous divisent, alors que l'on a besoin d'être unis. Nous devons faire face à tous les défis auxquels l'Arménie et les Arméniens sont confrontés, tant en France qu'en Arménie, pour continuer à vivre dignement.

Enfin, je souhaite ajouter juste une dernière phrase du grand poète Bedros Tourian : "Et si le souvenir de moi s'estompe, alors je mourrai". C'est pourquoi nous avons le devoir de vivre, car la Vie est plus forte que la Mort !