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Au-delà de l'égalité sur le papier : l'accès des femmes à l'emploi en Arménie

Au-delà de l'égalité sur le papier : l'accès des femmes à l'emploi en Arménie

Article d'Arev Society | 12 octobre 2026

Cet article a été initialement publié en anglais par Arev Society, partenaire de la Fondation Arménienne pour le Développement Durable. La version originale est disponible sur le site d'Arev Society.

Femmes participant à une séance d'autonomisation professionnelle avec Arev Society en Arménie

Séance d'autonomisation professionnelle, Arménie | Photo : avec l'aimable autorisation d'Arev Society, 2026 ©

La participation économique des femmes n'est pas seulement une question d'égalité des chances. Elle est aussi étroitement liée à des foyers plus solides, à des communautés plus résilientes et à une croissance économique durable. Lorsque les femmes peuvent travailler, créer des entreprises, accéder au financement et occuper des postes de direction, les économies exploitent mieux leur capital humain, et les entreprises bénéficient d'un éventail plus large de compétences et d'idées.

Pour le programme d'autonomisation des femmes, mis en œuvre par Arev Society et la Fondation Arménienne pour le Développement Durable, ce débat est essentiel, car l'autonomisation des femmes ne s'arrête pas aux droits formels. Elle dépend aussi de la possibilité réelle, pour les femmes, de gagner un revenu, de développer leurs compétences, de bâtir des moyens de subsistance durables et de participer pleinement à la vie économique.

Examiner l'Arménie à travers le prisme du rapport Women, Business and the Law (WBL, Les Femmes, l'Entreprise et le Droit, Banque mondiale, 2026) soulève donc une question importante : comment les progrès législatifs peuvent-ils se traduire en véritables opportunités économiques dans la vie quotidienne des femmes ?

L'enjeu économique est considérable. La Banque mondiale estime que combler les écarts entre les femmes et les hommes en matière d'emploi et d'entrepreneuriat pourrait accroître le PIB mondial d'environ 20 %. Women, Business and the Law 2026 évalue 190 économies selon trois dimensions : les cadres juridiques, les cadres de soutien et la perception de l'application des lois. Le rapport souligne un écart persistant, à l'échelle mondiale, entre les droits inscrits dans la loi et les institutions nécessaires pour les rendre effectifs.

Les femmes sur le marché du travail arménien

L'Arménie dispose déjà d'une base solide pour la participation économique des femmes. Selon Women, Business and the Law 2026, le pays obtient 75 sur 100 pour ses cadres juridiques, contre une moyenne mondiale de 66,97. Il se distingue particulièrement dans plusieurs domaines, notamment la mobilité, le mariage, les biens et les retraites. Pourtant, son score pour les cadres de soutien n'est que de 44,83, et celui de la perception de l'application des lois de 60,16. La différence est importante : l'existence de droits ne garantit pas automatiquement qu'ils fonctionnent aussi bien dans la pratique.

Figure 1
En Arménie, les lois sont en avance sur les dispositifs qui les soutiennent
Scores Women, Business and the Law 2026 (sur 100) : Arménie, moyenne mondiale et moyenne Europe et Asie centrale
Cadres juridiques
75,00
66,97
80,62
Cadres de soutien
44,83
46,83
55,61
Perception de l'application
60,16
53,31
64,87
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Les femmes représentent déjà une part importante de la population active arménienne, mais leur participation ne se traduit pas toujours par des résultats économiques équivalents. En 2025, l'Organisation internationale du Travail (OIT) indiquait que les femmes en Arménie gagnent environ 25 à 30 % de moins que les hommes pour un travail de valeur égale. Les différences de temps de travail, de profession, de secteur et d'expérience expliquent une partie de cet écart, mais l'OIT souligne qu'une large part reste inexpliquée et pourrait aussi refléter des normes sociales et d'éventuelles discriminations.

Les responsabilités en matière de soins constituent un autre élément important. Selon le portail de données d'ONU Femmes, les femmes et les filles de 15 ans et plus en Arménie consacrent 21,7 % de leur temps au travail domestique et aux soins non rémunérés, contre 4,4 % pour les hommes.

Figure 2
En Arménie, les femmes assument l'essentiel du travail de soin non rémunéré
Part du temps consacré aux tâches domestiques et de soin non rémunérées, 15 ans et plus
Femmes (environ 5 fois la part des hommes)
21,7 %
Hommes
4,4 %
Source : portail de données d'ONU Femmes (indicateur ODD 5.4.1).

Cette différence a un poids économique. Le temps consacré aux soins non rémunérés peut déterminer si une femme peut accepter un emploi à temps plein, rester durablement sur le marché du travail, se former davantage ou progresser dans sa carrière. Pour les organisations qui travaillent directement avec les femmes et les communautés, ces chiffres sont donc plus que de simples indicateurs du marché du travail : ils reflètent les choix concrets dont disposent les femmes au quotidien.

Beaucoup de femmes travaillent aussi dans l'économie informelle, dans l'agriculture, la production à domicile ou le petit commerce, souvent sans contrat, sans protection sociale et sans accès à des voies de recours, ce qui creuse l'écart entre les droits formels et les opportunités réelles.

Ces difficultés sont encore plus marquées pour les femmes issues de familles déplacées et touchées par la guerre. Selon le HCR en Arménie, à la suite des événements de 2023, le pays a accueilli plus de 115 000 réfugiés du Haut-Karabakh, dont de nombreuses femmes qui doivent reconstruire leurs moyens de subsistance tout en assumant souvent la principale responsabilité de leur famille. Pour elles, comme pour les femmes sans emploi et celles qui travaillent dans l'économie informelle, l'accès aux compétences, à un revenu et à des réseaux de soutien n'est pas une aspiration à long terme, mais un besoin immédiat.

Entrepreneuriat et indépendance économique

L'entrepreneuriat peut être une voie importante vers l'indépendance économique, en particulier lorsque les possibilités d'emploi classiques sont limitées. Pourtant, la place des femmes dans l'entreprise montre aussi que l'accès aux opportunités reste inégal.

Le diagnostic 2024 de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) sur l'Arménie estime qu'environ une petite ou moyenne entreprise sur cinq appartient à une femme. Les femmes sont copropriétaires d'environ 34 % des entreprises, et seules 24 % des entreprises ont une femme à un poste de direction générale. La BERD identifie également la charge disproportionnée du travail domestique et des soins non rémunérés pesant sur les femmes comme l'un des facteurs limitant leur engagement économique.

Figure 3
Les femmes restent minoritaires dans les entreprises arméniennes
Part des entreprises (%) selon la propriété et la direction féminines
PME détenues par une femme
~20 %
Entreprises avec une copropriétaire
34 %
Entreprises avec une femme à la direction générale
24 %
« ~20 % » = environ une PME sur cinq.

Ces chiffres mettent en évidence une distinction importante : créer une entreprise et la faire grandir sont deux choses différentes. Un entrepreneuriat durable exige plus qu'une immatriculation ou une formation initiale. Il dépend de l'accès au financement, aux marchés, aux réseaux, aux connaissances en gestion, à l'équipement et aux possibilités de croissance.

L'autonomisation économique des femmes prend tout son sens lorsque les femmes ont non seulement la possibilité de participer, mais aussi les ressources et le soutien nécessaires pour se construire des sources de revenus stables. Le développement des compétences, le mentorat, l'accès aux marchés et l'appui concret aux entreprises peuvent donc compter autant que la réforme juridique elle-même.

Des droits juridiques aux opportunités réelles

Le cas arménien montre clairement pourquoi les lois et les institutions doivent progresser ensemble.

Par exemple, l'Arménie obtient un score élevé pour le cadre juridique du domaine Travail du WBL, mais nettement plus faible pour les mesures de soutien. L'évaluation relève des lacunes en matière de mécanismes de plainte spécialisés, de sensibilisation au recrutement équitable et d'orientations sur les modalités de travail flexibles. Des écarts similaires apparaissent dans les domaines de la rémunération, de la parentalité et de la garde d'enfants.

Figure 4
Des lois solides, un soutien plus faible : domaines choisis pour l'Arménie
Scores Women, Business and the Law 2026 (sur 100) dans des domaines liés à l'emploi et à la participation économique
Travail
87,5
25
57,81
Rémunération
75
37,5
56,25
Parentalité
87,5
50
65,63
Garde d'enfants
50
0
25
Entrepreneuriat
25
52,5
25
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Source : Banque mondiale.

La garde d'enfants est déterminante, car les infrastructures de soin peuvent influer directement sur les décisions d'emploi. Si une solution de garde fiable et abordable est difficile à trouver, le droit au travail peut, dans les faits, rester difficile à exercer.

La même logique s'applique à l'égalité salariale. L'Arménie dispose de dispositions légales en faveur de l'égalité de rémunération, mais l'OIT a souligné la nécessité de renforcer les mesures de transparence salariale et les mécanismes d'application.

Les normes sociales jouent aussi un rôle. Les travaux de l'OCDE sur l'Eurasie montrent que la législation seule ne peut lever tous les obstacles lorsque les attentes traditionnelles continuent d'attribuer aux femmes la responsabilité première des soins ou de les dissuader de travailler ou d'entreprendre. L'OCDE estime donc qu'un changement efficace exige une combinaison de réformes juridiques, de politiques de soutien, de responsabilisation et d'évolution des mentalités.

Pourquoi des institutions solides sont indispensables

C'est ici que le lien entre droits des femmes et croissance inclusive apparaît le plus clairement.

Les protections juridiques posent les bases. Les institutions déterminent dans quelle mesure elles sont utilisables. Les règles contre les discriminations sont plus efficaces lorsque les travailleuses connaissent leurs droits et ont accès à des mécanismes de plainte efficaces. Les politiques de parentalité ont plus d'impact lorsqu'il existe des services de garde. Les programmes d'entrepreneuriat fonctionnent mieux lorsque les femmes ont également accès au financement, aux réseaux et aux marchés.

Pour l'Arménie, il ne s'agit pas seulement d'un enjeu d'égalité entre les femmes et les hommes, mais aussi d'un enjeu de développement économique. Les entreprises déclarent avoir du mal à trouver de la main-d'œuvre qualifiée, et la BERD estime que le potentiel de croissance du pays dépend en partie d'une meilleure utilisation des compétences disponibles, notamment dans les secteurs plus productifs et à forte intensité technologique. Élargir les opportunités offertes aux femmes peut donc stimuler la productivité, créer des emplois et renforcer les économies locales.

Le programme d'autonomisation des femmes : transformer les droits en opportunités

C'est cet écart que le programme d'autonomisation des femmes, mené par Arev Society et la Fondation Arménienne pour le Développement Durable, s'efforce de combler. Il s'adresse aux femmes les plus souvent laissées de côté : les femmes réfugiées et déplacées de force, les femmes issues de familles touchées par la guerre, les femmes sans emploi et celles qui travaillent dans l'économie informelle. C'est pour elles que l'écart entre les droits juridiques et les opportunités réelles est le plus grand. C'est aussi là qu'un soutien ciblé a le plus d'effet.

En complément des politiques publiques, le programme transforme les droits formels en parcours concrets vers l'autonomie économique : activités génératrices de revenus, formation professionnelle, accompagnement de carrière, compétences numériques et en intelligence artificielle, anglais professionnel. Son ambition dépasse l'emploi : donner aux femmes l'autonomie de faire leurs propres choix économiques, de subvenir aux besoins de leur famille et d'assumer des rôles de leadership dans leur communauté.

Conclusion

Les fondements juridiques de la participation économique des femmes en Arménie sont plus solides que la moyenne mondiale. Le défi est désormais de les mettre en œuvre. L'écart salarial, le partage inégal du travail de soins non rémunéré, l'ampleur du travail informel et la sous-représentation des femmes parmi les propriétaires d'entreprise montrent que les droits juridiques ne suffisent pas à produire des résultats égaux.

Combler cet écart suppose que les institutions, les services et les normes sociales évoluent en même temps que la loi. Cette responsabilité est partagée entre le gouvernement, les entreprises, les partenaires internationaux et la société civile. La priorité la plus urgente est d'atteindre les femmes qui ne peuvent pas attendre que les réformes produisent tous leurs effets : celles qui ont perdu leur foyer, leurs moyens de subsistance ou leur place sur le marché du travail.

Investir dans les femmes n'est pas seulement une question de justice, mais aussi une question d'efficacité économique. Une économie qui mobilise pleinement les compétences et les idées des femmes est plus productive, plus résiliente et mieux préparée à la croissance. L'égalité sur le papier n'est qu'un point de départ ; le progrès se mesurera aux opportunités que les femmes pourront saisir dans leur vie quotidienne.

Références

  • Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD). 2024. Armenia Diagnostic. Londres : BERD.
    ebrd.com – EBRD Armenia Diagnostic 2024 (PDF)
  • Organisation internationale du Travail (OIT). 2025. « Women in Armenia Are Paid Less than Men for Work of Equal Value: Causes and Possible Solutions ». Genève : OIT.
    ilo.org
  • Centre de développement de l'OCDE. 2019. SIGI 2019 Regional Report for Eurasia. Paris : Éditions OCDE.
    oecd.org
  • Centre de développement de l'OCDE. 2023. SIGI 2023 Global Report: Gender Equality in Times of Crisis. Paris : Éditions OCDE.
    oecd-ilibrary.org
  • ONU Femmes. « Armenia: Country Fact Sheet ». Portail de données d'ONU Femmes. Consulté en 2026.
    data.unwomen.org/country/armenia
  • ONU Femmes. 2023. « Forecasting Time Spent in Unpaid Care and Domestic Work ». Portail de données d'ONU Femmes.
    data.unwomen.org
  • HCR. 2024. « Armenia Fact Sheet », février 2024. Genève : HCR.
    unhcr.org/countries/armenia
  • Banque mondiale. 2026. Women, Business and the Law 2026: Benchmarking Laws for Jobs and Inclusive Growth. Washington : Banque mondiale.
    wbl.worldbank.org
  • Banque mondiale. 2026. Women, Business and the Law 2026: Armenia Economy Profile. Washington : Banque mondiale.
    wbl.worldbank.org (sélectionner Armenia dans « Economy details »)

Avertissement

Cet article est publié par Arev Society à des fins d'information et de sensibilisation uniquement. Les opinions et interprétations exprimées n'engagent qu'Arev Society et ne reflètent pas nécessairement les positions officielles de la Banque mondiale, de l'Organisation internationale du Travail, d'ONU Femmes, de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement, de l'OCDE, du HCR ou de toute autre organisation citée. Ces organisations n'ont ni relu ni approuvé cet article.

Les données et chiffres proviennent de sources publiques, mentionnées dans les références ci-dessus, et étaient exacts, à notre connaissance, au moment de la publication. Les graphiques ont été réalisés par Arev Society à partir de ces sources. Les chiffres peuvent être révisés par les éditeurs d'origine, et nous invitons les lecteurs à consulter les sources originales pour obtenir les informations les plus récentes. L'AAAS décline toute responsabilité en cas d'erreurs, d'omissions ou de décisions prises sur la base de ce contenu. Les liens externes sont fournis pour faciliter la lecture, et l'AAAS n'est pas responsable du contenu des sites externes.